Aux funérailles, des larmes de gratitude

Lors des quatre derniers funérailles, j’ai énormément pleuré. J’étais peut-être la personne qui pleurait le plus dans l’assemblée. Des gros sanglots à en faire exploser la poitrine. Des larmes coulant à torrent. Ca impressionne beaucoup. Je ne me retiens pas. Au contraire.

Mon secret ? Un pas de plus.

Avancer un pas de plus au coeur du chagrin.

C’est assez simple à comprendre en fait. Quand on perd quelqu’un, plus la personne nous était chère, plus nous sommes tristes. Mais posons la question : “Qu’est-ce ça veut dire exactement que cette personne était chère pour moi ?” 

Ma réponse c’est : “Une personne importante pour moi”. Mais alors, qu’est-ce que ça veut dire “importante pour moi” ? Ca veut dire que c’est une personne qui a compté. Une personne avec qui j’ai passé de bons moments. Avec qui et par qui j’ai appris des choses sur la vie, sur moi, sur les gens. Une personne sans qui ma vie n’aurait pas été pareille. Ma vie n’aurait pas été telle qu’elle a été. Le temps que j’ai passé avec cette personne, ses paroles, ses histoires ont changé ma vision du monde, ma façon de vivre mes expériences.

Dans mes idées, il y a de ses idées. Dans mes mots, il y a de ses mots. Evidemment, ceux ne sont pas ses idées ni ses mots. Mais il y a comme un parfum, un arrière goût sur le palais, un son dans le silence. Mon coeur a été nourri par cette personne. Si nous sommes ce que nous mangeons alors nous sommes aussi ceux que nous aimons. Comme la nourriture qui pénètre nos cellules, nos muscles, nos os et notre sang, les rencontres pénètrent notre coeur, notre souffle, notre esprit, nos émotions. 

Elle est morte. Son corps n’est plus là. Je ne lui parlerai plus jamais. Je ne l’entendrai plus. Ses expressions, ses mimiques, ses tiques envolés à jamais. La nostalgie. Un serrement dans le coeur. La respiration qui se raccourcit. Le chagrin monte. Les larmes arrivent et le monde se vide. L’espace qu’elle occupait se vide. Elle est partie. Là devant moi, reste sa forme mais sans elle. Je sais que je ne la retrouverai pas. Plus jamais je ne retrouverai dans ce monde un échange avec elle. Ni dans son salon, ni à sa table, ni sur le l’escalier du jardin. Tous les endroits où nous avons passé du temps ensemble : elle n’y sera plus. Toutes ses paroles : elle ne les dira plus. Toutes ces formes d’elle sont vides, ne sont qu’illusions. Tant de souvenirs qui ressurgissent. Tout ceci n’est pas réel. Ca accentue le vide, le creux, le trou dans mon coeur. Mais attendez ! Attendez un peu !

Ces souvenirs ne sont pas réels comme expériences mais ceux sont des souvenirs réels d’expériences. Ce visage que je vois, il n’est pas devant moi et c’est vrai que je ne le verrai plus jamais à l’extérieur … mais à l’intérieur de moi, il est bien présent. Ces paroles, ses paroles je les entends bien ici, maintenant. Oui, je me rappelle d’elle. Oh mon dieu ! Elle est là ! En moi ! Dans ma mémoire. Je me rappelle de ces échanges, de ses conseils. Je me rappelle avoir compris des choses importantes grâce à elle. Dans ma mémoire, dans mon monde, elle est là. Encore là. Et elle sera toujours là.

Automatiquement, j’ouvre l’album de souvenirs … qui devient l’album des gratitudes. Je prends le temps de regarder chaque photo, chaque souvenir, des évocations, des reproches, tout, absolument tout. Et là je comprends ! Je comprends l’impact de ce souvenir à l’éclairage des mes expériences ultérieures. Je vois que ça a été origine d’autres choses. Le jour de cette scène, je ne savais pas. Je ne savais pas que des années après mon parcours a été influencé par ces paroles, ces remarques, ces préoccupations. Des années de cheminement, des années de vies, de parcours, d’émotions qui ont pris racines dans ces photos souvenirs. Alors c’est un grand remerciement. Un énorme merci. Je lui dis merci.

Je ne te dis pas un merci pour ce qui s’est passé mais un grand merci pour tout ce qui s’est passé après. Tout ce qui s’est passé depuis. Grâce à toi …. ou du moins en partie grâce à toi. Tellement de joies, d’aventures, de chagrins, d’amours, de déboires …. un grand merci pour cette vie que j’ai vécue depuis nos rencontres. Toi, mon grand-père, ma grande-mère, mon père, mon ami .... j’ai vécu tellement et tellement de choses. Et toi, tu fais parti de cette vie. De ma vie. Aujourd’hui encore. Et pour toujours.

Chaque photo souvenir devient l’occasion de remercier. D’enfin remercier pour tout que tu m’as apporté. Je vois à quel point j’étais ignorant. Je n’avais pas fait le lien entre toi et ce qui s’est passé après dans ma vie. Aujourd’hui, je vois plus clair. Oh mon dieu comme tu as été précieux. Comme tu es précieux. Et tellement présent dans ma vie. Dans mon travail, dans ma quête, dans mes émotions. Il n’y a pas de vide !!! Au contraire, c’est une déferlante de gratitude qui arrive. J’ai l’impression que ma poitrine va exploser tellement je te suis reconnaissant de tout ce cadeau.

Hier je n’ai pas pris la peine de te remercier pour la poignée de graines que tu m’as donnée. Aujourd’hui, je te remercie pour ces graines mais aussi pour les arbres qu’elles ont donné et aussi les fleurs, les fruits qui m’ont nourri, nourri ma famille et mes amis. Et tout d’un coup je comprends l’importance que tu as dans ma vie, dans ma façon d’être … en fait dans tout.

Merci, merci, merci. Tellement merci. Je t’aime. Profondément. Abyssalement. Et c’est là que les larmes viennent à torrent. Des larmes de gratitudes. Des larmes d’amour. Des gouttes qui condensent les émotions, tellement d’émotion qu’il y a pression. Une pression dans la poitrine. Mais pas une pression qui rapeticit. Une pression qui grandit. Presque une explosion lente que j’essaie de contenir. Et puis merde, qu’elle sorte cette pression. C’est là que viennent des sanglots. Si fort qu’ils me font mal aux côtes. Mais tellement doux parce qu’ils expriment tout cet amour, toute cette reconnaissance, toute cette présence en moi.

C’est très étrange. De la douleur dans le physique. De la douceur dans le psychique. Mais c’est comme ça.

Je sais maintenant que je n’ai pas besoin de t’avoir avec moi parce que je t’ai déjà en moi. Tout ce qui est vraiment important de toi est déjà en moi. Tu n’es pas avec moi mais tu es une partie de moi.

Chaque larme est une fleur que je dépose sur l’autel de ma gratitude et de mon amour pour toi. Comme tu vois, il y en a beaucoup. Ah ah ah. Dehors, les autres ont l’air désolé pour moi. Mais ici avec toi, je suis si content de pleurer. Comment leur dire ? Comment leur expliquer que je suis heureux. Je suis si heureux d’exprimer par ces larmes et ces sanglots toute ma gratitude. Les autres sont en train de te dire au revoir ou adieu. Moi je souris, ça ne se voit pas parce que je sanglote mais je souris. 

Moi je te dis “Bonjour, je te vois enfin. Ici. Désolé de t’avoir fait attendre. Bienvenu chez toi, en moi ...”


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Témoignage écrit par :
Duy
Créateur de Bilobaba

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